La part du capital canadien dans le pétrole et le gaz augmente à mesure que les investissements étrangers quittent le pays

27 septembre 2017

Depuis 70 ans, les étrangers ont investi considérablement dans l’industrie canadienne du pétrole et du gaz en amont. Cette situation s’explique en partie par le fait que seulement 20 % des réserves mondiales de pétrole sont exploitables par le secteur privé et que la moitié de ces réserves sont situées au Canada.

Cependant, au cours des ans, l’investissement étranger dans l’industrie a fluctué au gré des aléas du nationalisme économique et, plus récemment, de l’incompétitivité des investissements dans le pétrole et le gaz canadiens par rapport aux opportunités offertes ailleurs. 

Restrictions sur l’investissement étranger

Le Canada a toujours bien accueilli l’investissement étranger, à deux exceptions importantes près. La première a été provoquée par la montée rapide des prises de contrôle d’entreprises canadiennes par des étrangers dans les années 60. L’industrie pétrolière et gazière était passée sous contrôle américain suite à des décennies d’investissement étranger sans examen du gouvernement fédéral. En réponse à la situation, on adoptait en 1973 la Loi sur l’examen de l’investissement étranger (LEIE), visant à restreindre l’investissement étranger au Canada. Parmi les mesures prises pour contrer la croissance du contrôle étranger sur l’industrie canadienne du pétrole et du gaz, Petro-Canada était créée en 1975 et le Programme énergétique national (PEN) mis en place en 1980. Ces mesures et d’autres ont réussi à accroître les niveaux de propriété canadienne dans l’industrie.

Lorsque, dans les années 80, l’opposition à l’investissement étranger diminua, des mesures furent prises pour attirer à nouveau les investisseurs vers l’industrie du pétrole et du gaz. En 1985, on remplaça la LEIE par la Loi sur Investissement Canada, qui simplifia le processus d’examen des investissements étrangers. On élimina aussi le PEN, les restrictions visant les étrangers désirant acquérir des compagnies de pétrole et de gaz et, ultimement, on privatisa Petro-Canada.

Ces changements ouvrirent la voie à une nouvelle vague d’investissements étrangers dans l’industrie canadienne du pétrole et du gaz, en particulier par des sociétés d’État étrangères (SÉÉ). Entre 2000 et 2012, des milliards furent investis dans l’acquisition de compagnies canadiennes de pétrole et de gaz par des SÉÉ de Chine (CNOCC, PetroChina, Sinopec, China Investment Corp.), Abu Dhabi (TAQA), Norvège (Statoil), Thaïlande (PTT Exploration), Corée (Korean National Oil) et Malaisie (Petronas). Les cibles possédaient souvent des projets de sables bitumineux. Cette frénésie d’acquisitions culmina en 2012 par l’achat de Progress Energy par Petronas pour 5,5 G$ et celui de Nexen par CNOOC pour 15,1 G$.

Cependant, l’ampleur des entreprises de sables bitumineux acquises par des SÉÉ durant cette période incita le gouvernement canadien à conclure — après avoir approuvé la transaction entre NCOOC et Nexen en décembre 2012 — que le contrôle de l’exploitation des sables bitumineux par des SÉÉ avait atteint le point où d’autres prises de contrôle ne seraient autorisées que dans des situations exceptionnelles. Ceci mena à la seconde restriction d’importance imposée aux investissements étrangers, énoncée dans les Lignes directrices sur les investissements au Canada par des entreprises d’État étrangères, qui limitait toute acquisition additionnelle liée aux sables bitumineux et imposait d’autres restrictions aux fusions et acquisitions opérées par des SÉÉ au Canada.

Déclin de l’investissement étranger

Depuis ces changements aux Lignes directrices visant les SÉÉ, aucune acquisition significative d’entreprises de sables bitumineux ou autres entreprises canadiennes pétrolières ou gazières en amont par des entités étrangères, dont des SÉÉ, n’a eu lieu, à l’exception de l’acquisition de Talisman par Repsol en 2015 et des actifs vendus conjointement avec des intérêts dans les projets d’exportation de gaz naturel liquéfié.

De plus, les investisseurs étrangers dans des projets de sables bitumineux ont reporté ou annulé les nouveaux investissements à la suite de la chute des prix du pétrole en 2015 et, en juillet de cette année, Petronas et les autres commanditaires du complexe d’exportation de la Pacific NorthWest LNG ont annulé ce projet.

Le capital étranger se retire

Mais ce qui est plus grave, c’est que beaucoup de capitaux étrangers ont commencé à quitter l’industrie canadienne du pétrole et du gaz à partir de 2016. Des multinationales pétrolières comme ConocoPhillips et Murphy Oil (É.-U.), Mitsubishi (Japon), Shell (Pays-Bas), Statoil (Norvège) et Harvest (Corée) ont vendu de fortes proportions de leurs participations dans les sociétés pétrolières et gazières canadiennes à des entreprises canadiennes.

La fuite s’est accélérée dans la première moitié de 2017, qui a vu la vente des entreprises de sables bitumineux et autres actifs de ConocoPhillips à Cenovus pour 17,7 G$ et la vente des entreprises de sables bitumineux de Shell et Marathon (É.-U.) à Canadian Natural Resources pour 12,7 G$. Apache (US) et Centrica (UK) ont aussi vendu.

Ces ventes ont été motivées par le désir des pétrolières étrangères de redéployer leur capital dans des opérations plus profitables ailleurs. Les régimes environnemental et fiscal canadiens, le coût élevé de la main-d’œuvre et des matériaux ainsi que les difficultés dans l’exécution de projet d’exportation ont vraisemblablement été parmi les facteurs considérés dans les décisions de vendre ces entreprises.

La part de propriété canadienne augmente

Une des conséquences de ce dernier renversement dans les investissements étrangers est l’accroissement significatif de la part de propriété canadienne des ressources, particulièrement dans les sables bitumineux. Valeurs Mobilières TD a estimé que le contrôle canadien de la production nationale de pétrole (conventionnel et sables bitumineux) et de gaz a grimpé à 84 et 71 % respectivement, le contrôle canadien sur la production des sables bitumineux étant passé de 67 à 82 %.

Il reste que certaines parties du secteur canadien de l’énergie pourraient attirer du capital étranger, en particulier le gisement de gaz de schiste dans la formation de Montney. Le défi pour le Canada sera de mettre en œuvre des changements qui créeront à nouveau des opportunités attrayantes autant pour les investisseurs étrangers que canadiens.

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