Carbon Majors et les marchés des capitaux

7 septembre 2017

En mai, nous avons examiné l’effet possible des marchés financiers et des marchés des capitaux sur la tarification du carbone pour certaines des sociétés responsables des plus importantes émissions de carbone dans le monde. Plus récemment, le CDP (auparavant, le Carbon Disclosure Project) a publié son rapport intitulé Carbon Majors Database (2017) qui suit les émissions de carbone attribuables à un échantillon de 224 sociétés chefs de file spécialisées dans les combustibles fossiles.

Base de données des grands pollueurs

La base de données des grands pollueurs (Carbon Majors Database) fait ressortir plusieurs points importants dans l’évaluation des questions d’information et de gestion des risques auxquelles doivent faire face certaines des principales sociétés mondiales de combustibles fossiles. En particulier, la base de données des grands pollueurs établit ce qui suit :

  • Les émissions des sociétés appartenant à des investisseurs sont considérables – les 224 sociétés de combustibles fossiles étudiées dans la base de données produisent des émissions de 30,6 milliards de tonnes d’équivalent-CO2, dont :
    • 30 % sont des sociétés ouvertes appartenant à des investisseurs;
    • 11 % sont des sociétés fermées appartenant à des investisseurs;
    • 59 % sont des sociétés d’État.
  • La répartition des émissions est concentrée :
    • 50 sociétés de combustibles fossiles produisent environ la moitié des émissions industrielles de carbone dans le monde;
    • les 224 sociétés de combustibles fossiles de la base de données produisent 71 % des émissions industrielles de carbone dans le monde.

Marchés des capitaux

Ainsi, un nombre relativement faible de sociétés se trouvent en première ligne d’une économie en mouvance, qui est de plus en plus consciente des coûts sociaux du carbone. Ces sociétés joueront un rôle essentiel dans la règlementation du carbone étant donné qu’elles seront responsables à l’avenir du paiement ou de la transmission d’une grande partie des coûts du carbone.

Les actionnaires sont déjà très conscients de l’impact éventuel de la réglementation du carbone sur ces sociétés et les marchés des capitaux en général. Les modifications radicales de la réglementation, et le point de vue des États‑Unis à cet égard qui contraste avec celui du reste du monde, font peser une grande incertitude sur la tarification et la réglementation du carbone. Ces facteurs se sont traduits par un certain nombre de propositions des actionnaires axées sur les communications concernant le changement climatique, étant donné que les actionnaires se tournent de plus en plus vers les sociétés pour gérer les risques stratégiques liés au changement climatique. Dernièrement, les propositions des actionnaires d’ExxonMobil, d’Occidental Petroleum Corporation et de PPL Corp. visant à améliorer les communications sur le changement climatique ont été adoptées. Fait intéressant, Blackrock Inc., le plus grand gestionnaire d’actifs du monde, a joué un rôle important dans l’adoption des propositions des actionnaires d’ExxonMobil et d’Occidental et a déclaré publiquement que les communications sur le changement climatique font partie de ses principales priorités. Son message est clair, le changement climatique est une question touchant les marchés financiers et les marchés des capitaux qui est toute nouvelle et fortement répandue, et ce n’est plus juste une « question marginale » qui intéresse divers activistes sociaux.

ExxonMobil, en particulier, connaît bien les pressions exercées par les actionnaires à propos des communications sur le changement climatique. Plusieurs poursuites intentées contre elle l’accusent d’avoir donné une information fausse et trompeuse aux investisseurs. Dans l’une des poursuites, elle est accusée d’avoir fait des comparaisons sélectives des coûts du carbone dans son évaluation de certains projets d’exploitation de sables bitumineux. D’après des dossiers de la cour, au lieu d’utiliser son coût indicatif communiqué publiquement de 80 $ la tonne pour le carbone, ExxonMobil a appliqué un chiffre nettement plus bas pour établir la valeur de certains projets. Bien qu’il n’y ait rien de mauvais en soi qu’une société applique différentes mesures de coût à différents projets dans des territoires différents, cette affaire souligne la nécessité pour les sociétés de fournir une information plus complète aux actionnaires pour leur assurer qu’elles gèrent bien les risques liés au changement climatique. Par ailleurs, ces tensions ne se limitent pas aux sociétés de combustibles fossiles mêmes. Ce mois‑ci, des actionnaires ont introduit un recours collectif contre la Commonwealth Bank devant la cour fédérale de l’Australie. Dans cette poursuite, la première du genre, la banque est accusée de ne pas avoir indiqué dans ses documents récemment publiés les risques liés au changement climatique auxquels son entreprise est exposée.

Les sociétés semblent appelées à jouer un rôle important dans la transition vers une économie faible en carbone. De plus en plus conscients de l’impact financier éventuel du carbone et du changement climatique, les actionnaires se tourneront vers ces sociétés à la fois pour leur leadership et l’information qu’elles transmettent. Les sociétés qui ne tiennent pas bien compte des actionnaires en ce qui concerne le changement climatique le font à leurs risques et périls et pourraient être confrontées à un nombre de plus en plus grand de propositions ou de poursuites de leur part à l’avenir. Les gestionnaires d’actifs ont exprimé leur volonté de travailler en collaboration avec la direction pour améliorer les communications et mettre au point une stratégie d’entreprise solide visant le changement climatique, mais, selon Blackrock, « leur patience n’est pas infinie ».

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